Les routes de l’Anneau d’Or : de Moscou à Vladimir par la Route du bagne

La visite des anciennes cités princières de Vladimir et Souzdal, joyaux de l’Anneau d’Or, permet de remonter le temps et de se plonger dans l’atmosphère de la Russie médiévale. Pour s’y rendre, on emprunte un tronçon de l’actuelle autoroute fédérale M7, d’environ 150 km de long, connu sous les surnoms de " Vladimirka " ou de Route du bagne. Artel Troïka Magazine vous propose de découvrir l’histoire tourmentée de cette voie au passé sinistre, autrefois empruntée par les exilés, les pèlerins et les dissidents.

Rebaptisée Route de la Volga à l’époque soviétique, la Vladimirka conduisait les milliers de criminels et révolutionnaires condamnés à l’exil vers les bagnes de Sibérie. Elle était la première étape d’un itinéraire long de 5 000 kilomètres, contournant le lac Baïkal pour finalement rejoindre les mines d’argent de la ville de Nertchinsk. Fers aux pieds, dans le froid et la boue, les prisonniers mettaient au moins une année à parvenir à destination, et beaucoup mouraient en route.

Le long de la Vladimirka, les exilés faisaient escale dans des " prisons de transit ", pourvues de banyas (ces bains de vapeur collectifs typiquement russes) et d’infirmeries de fortune. S’il ne reste rien de ces bâtiments, on trouve ça et là, dans les villes qui la bordent, des pavés datant de l’ancienne route.
Au fil des siècles, de nombreux villages et villes se sont en effet construits le long de la Vladimirka, dont on aperçoit, depuis la route, les églises aux coupoles scintillantes, les anciens domaines aristocratiques et les isbas aux chambranles finement ciselés.
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Mais autrefois, la Vladimirka, qui étouffe aujourd’hui sous les bouchons, était bordée d’une épaisse forêt s’étendant à perte de vue. Cette dernière a constitué un refuge pour les " vieux croyants «, aussi surnommés » vieux ritualistes ", ces orthodoxes qui ont fui les persécutions de la police tsariste et de l’Église officielle après avoir rejeté la réforme introduite en 1650 par le patriarche Nikon. Les vieux croyants vivaient frugalement, ne consommaient pas d’alcool, et étaient connus pour leur ardeur au travail et la puissante solidarité régnant au sein de leurs communautés.

Les villages qu’ils ont fondés sont peu à peu devenus des centres de commerce et d’artisanat extrêmement dynamiques. Mais c’est au XIXe siècle, avec l’arrivée du chemin de fer, que l’activité des descendants des premiers vieux croyants a pris tout son essor, notamment dans l’industrie textile. Nombre d’entre eux, considérablement enrichis, sont devenus de grands mécènes, à l’image des frères Morozov et de leur fabuleuse collection de toiles impressionnistes.

En empruntant, depuis la Vladirmirka, les sorties Orekhovo-Zouïevo et Noguinsk, vous pourrez admirer les ateliers, dortoirs ouvriers et systèmes d’alimentation en eau de leurs anciennes usines de brique rouge, aujourd’hui désaffectées.
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La route passe ensuite par la ville de Jeleznodorojny (qui s’appelait Obiralovka jusqu’à la révolution de 1917) : c’est depuis le quai de cette gare que se suicide Anna Karenine, l’héroïne du roman éponyme de Léon Tolstoï.

Un peu plus loin, enfin, commence une zone connue, à l’époque soviétique, sous le surnom de " 101e kilomètre «. De retour du Goulag après avoir purgé leur peine, les anciens prisonniers n’avaient pas le droit de résider à moins de cent kilomètres de Moscou. Ils furent donc nombreux à s’installer dans les villes et villages situés au-delà de cette limite, formant d’improbables communautés, où, dans les cafés, les intellectuels disgraciés et autres détenus politiques buvaient de la vodka à la même table que les délinquants de droit commun.

Une vie dépeinte avec génie par l’écrivain soviétique Venedict Erofeev dans un récit de voyage et d’ivresse halluciné, intitulé Moskva-Petouchki (traduit en français par le titre Moscou-sur-vodka). La petite gare de Petouchki (» Les Coqs ", en russe), qui constitue la destination finale du trajet en train rythmant le livre, abrite par ailleurs une construction singulière : une tour hyperboloïde de l’ingénieur Vladimir Choukhov, inventeur de cette structure et figure majeure de l’architecture constructiviste.
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Les Russes surnomment aussi parfois l’autoroute M7 ″ Pekinka ", du nom de la capitale chinoise. En effet, cette route — qui est la plus longue de Russie et du monde — relie Moscou aux rives du Pacifique, à l’autre bout du pays, et à la Chine.
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