Tobolsk: une ville a l'ecart du Transsibérien

A l’Est de la Russie, au-delà de l’Oural, la population s’est installée le long de la voie nourricière du Transsibérien dont la trace, qui embrasse tout le Sud de la Russie, représente une véritable ligne de vie à mesure que l’on s’éloigne vers le Nord et que le nombre d’habitants diminue.

Il est étonnant de constater que les villes les plus intéressantes de Sibérie d’un point de vue historique se trouvent à l’écart du tracé de la ligne ferroviaire. Ce n’est qu’à la fin du 19eme siècle que le chemin de fer a permis de relier la Sibérie au reste de la Russie. Le Transsibérien a permis l’exploitation industrielle des ressources naturelles et favorisé le développement des steppes et de la Taiga. Avant sa construction, la route postale de Sibérie telle que décrit par Anton Tchekhov lors de son voyage vers l’ile de Sakhaline, passait au Nord par rapport au Transsibérien.

Les centres historiques de Tomsk et Tobolsk, positionnés aux intersections des sentiers postaux installés par les tsars sont ainsi éloignés de cette infrastructure moderne. Bien que n’atteignant pas la taille de Tioumen, Omsk ou Novossibirsk, Tomsk et Tobolsk font partis des villes les plus emblématiques de la Russie et abritent un nombre considérable de monuments architecturaux et historiques. Pour se rendre à Tomsk ou à Tobolsk, le voyageur transsibérien devra changer de ligne et voyager une nuit ou toute une journée à bord d’un train local assurant la liaison.
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Je souhaiterais vous raconter mon voyage dans le bourg de Tobolsk fondé en 1587, un an après la capitale industrielle Tioumen. Tioumen est devenue aujourd’hui une grande ville de près de 800 000 habitants. A contrario la population de Tobolsk n’atteint pas cent mille habitants.
Si le monde connaît le Transsibérien, il existe en Russie, d’autres lignes de chemins de fer aux qualités techniques tout aussi exceptionnelles. La construction de la ligne entre Tioumen et Sourgout en fait partie. Commencé dans les années 1960, lorsque des géologues soviétiques ont découvert des réserves de pétrole et de gaz sans précédent en Sibérie occidentale, le gisement le plus important et le plus volumineux de Russie célèbre sous le nom de Samotlor.

Le début de l’exploitation de Samotlor coïncide avec la crise pétrolière de 1973 et permis à l’URSS de devenir l’un des principaux exportateurs d’hydrocarbures sur le marché mondial. L’exploitation de ces gisements se faisait au milieu de marécages inaccessibles et la construction d’une ligne de chemin de fer pour transporter ces hydrocarbures est devenue un objectif prioritaire pour l’URSS. La découverte de Samotlor a déterminé le tracé de la voie Tioumen à Sourgout via Tobolsk qui fut plus tard étendue afin d’atteindre Nouvelle Urengoy, la «capitale du gaz» russe. A la fin de l’ère soviétique, le chemin de fer a atteint les rives de l’océan Arctique dans le village de Yambourg et la nouvelle route ferroviaire dessert tous les gisements d’hydrocarbures de la Sibérie occidentale.

Le chemin de fer est arrivé à Tobolsk en 1967 grace au Samotlor. On reconnait tout de suite le style moderniste soviétique de l’architecture de la gare, si différent des gares richement décorées du Transsibérien. En raison des difficultés rencontrées pour construire le pont sur la rivière Irtych, la gare est située à 8 km du centre-ville.


Chaque ville de Siberie a été fondée sur forteresse. Le kremlin de pierre de Tobolsk est blanc comme neige avec un ensemble du 18ème siècle unique exemplaire en son genre au-delà de l’Oural.
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La première capitale de la Sibérie s’est développée rapidement grâce à sa situation géographique favorable ; la ville se situe sur une rive haute, à l’endroit où la rivière Tobol se jette dans l’Irtych, le principal affluent de l’Ob.
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La superbe vue sur les bâtiments et les tours de la forteresse est le résultat de la restauration soviétique à grande échelle effectuée dans les années 1960

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Au kremlin se trouve la cathédrale de l’Assomption de Sainte-Sophie, le plus ancien bâtiment en pierre de Sibérie, érigé en 1695. Cet édifice est en pierre car les premières constructions des villes sibériennes, des places fortes en bois, n’ont pas pu être conservées.
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Fin mai, en Sibérie occidentale, le printemps bat son plein et les lilas fleurissent au Kremlin

En Russie, jusqu’à Pierre le Grand, le diocèse était une unité administrative et territoriale. Parmi les bâtiments historiques du Kremlin qui subsistent aujourd’hui se trouve le palais épiscopal, qui était au XVIIe siècle le principal bâtiment administratif de la ville et de la région. En 1708, après la réforme de Pierre le Grand, Tobolsk devint la capitale de la Sibérie, le centre de la plus grande province de Russie, qui s’étendait de l’Oural jusqu’aux colonies russes en Amérique.
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Après la chute du pouvoir soviétique, le séminaire, une institution éducative pour les futurs prêtres, est revenu s'installer à Tobolsk

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Au XIXe siècle, l’importance de Tobolsk a diminué. Avec la construction du Transsibérien la ville est petit à petit devenue un chef-lieu de district sans importance. En 1834, dans la famille du directeur du collège de Tobolsk, naquit le célèbre savant Dmitri Mendeleïev.
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Le village lointain de Tchoukotka, Kholmogory et Tobolsk sont d’importants centre de sculpture sur os. On pense que cet art a été introduit à Tobolsk, après une guerre contre la Suède. Au XIX siècle les sculptures de petite taille et les produits comportant des parties en os, les créations artisanales de Tobolsk, étaient réputées dans toute la Russie. Les coffrets sculptés et les tabatières étaient populaires au sein de l’aristocratie pétersbourgeoise.
Il est possible de voir une collection de créations en os au musée des Arts et au musée ethnographique de Tobolsk.
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La Sibérie est tristement connue en tant que lieu de déportation. Cependant en Russie on ne déporte pas uniquement les personnes, mais également des cloches. Ainsi, le Tsar Boris Godounov a envoyé à Tobolsk une cloche de la ville d’Ouglitch au motif que la population se rassemblait pour se révolter au son du tocsin. Parmi les illustres déportés à Tobolsk figure la famille de l’empereur Nicolas II qui y a vécu d’aout 1917 à mars 1918.
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Après Tobolsk, je me suis rendu à Tomsk, un long voyage en train, au caractère complètement diffèrent. Tomsk, un autre lieu de Sibérie au riche passé, qui se tient à distance du Transsibérien. C’est pourquoi, je n’ai pas pu me rendre au village de Pokrovskoye, pays natal d’un odieux et historique personnage russe, Grigoriy Raspoutine. On peut se rendre au village natal de Raspoutine en voiture mais pas en train. Pokrovskoye se situe quasiment a égale distance de Tobolsk et Tioumen, a 160 de Tobolsk pour être précis.

La véritable maison de Raspoutine fut détruite par précaution a l’époque soviétique avant les jeux olympiques de 1980. A sa place se trouve désormais une nouvelle maison en bois, avec d’authentiques chambranles.

La famille du dernier empereur a quitté Tobolsk en avril 1918. Sur la route d’Ekaterinbourg, ville où en juillet de cette même année la famille du Tsar et leur médecin familial furent exécutes lors d’une halte. Le journal intime de Nicolas II comportent des notes, datées du 14 avril 1918: «Nous avons changé d’attelage au village de Pokrovskoye. Je me tenais en face de la maison de Grigoriy...»
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