Tomsk, une ville au-delà du Transsibérien

Je suis arrivé à Tomsk en provenace d’une autre ville située à l’écart du Transsiberien. Ces deux villes de caractère différent sont unies par un destin commun : après la construction du Transsibérien, leur importance en tant que centres culturels et historiques de la Sibérie a considérablement diminué.

Tout d’abord, il est nécessaire de préciser qu’il n’y a pas de ligne directe entre Tobolsk et Tomsk. J’ai dû me rendre au préalable à Omsk afin de changer de train, ce qui m’a pris une journée. Il est également possible de s’y rendre à Tomsk par un train direct depuis Moscou (plus de deux jours de voyage), ou encore depuis Novossibirsk par le train de jour.

La vraie raison pour laquelle le tracé du Transsibérien a contourné Tomsk en 1893 pour passer à 80 km au sud de la ville n’a pas été clairement établis. Certains prétendent que les marchands de Tomsk, qui faisaient de bonnes affaires dans les transports et souhaitaient préserver leurs commerces de la concurrence du train, se sont opposés à la construction d’une gare dans la ville. Une autre version, peut-être plus convaincante, affirme que le tracé du chemin de fer a délaissé Tomsk car il était plus simple de réaliser un pont sur le fleuve Ob à Novonikolaevsk. Ce qui est certain, c’est que Tomsk, la plus grande ville de Sibérie à la fin du XIXe siècle, a perdu rapidement son importance en tant que centre économique, et que le petit village de Novonikolayevsk près du pont sur Ob est devenu cent ans après l’ouverture de sa gare transsibérienne, la troisième plus grande ville de Russie avec une population de plus de 3 millions de personnes.

Un autre jalon dans l’histoire de Tomsk, peut-être le plus important, est la fondation dans la ville de la première université de Sibérie en 1878. Pourvue d’une brillante université et isolée du monde Tomsk s’est affiché comme une ville absolument unique ; tranquille mais pas provinciale, très intelligente et culturellement beaucoup plus attrayante pour les touristes que Novossibirsk.
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Sur les berges de la rivière Tom, les étudiants jouent du vieux piano

La statue est a cote du restaurant, " Slavonic Bazaar «, expose une statue caricaturale d’Anton Tchekhov. L’écrivain est représenté dans un chapeau ridicule avec des pieds nus énormes, disproportionnés. Ce grotesque est une vengeance des tomites pour les vers de Tchekhov sur Tomsk dans ses livres sur le voyage qu’il effectua à travers la Sibérie vers l’île de Sakhaline :

«Tomsk ne vaut pas un sou de cuivre... La ville la plus ennuyeuse... et les gens d’ici sont les plus ennuyeux... La ville est ivre... La boue est incroyable... La bonne m’a tendu une cuillère après l’avoir essuyée sur son cul... Les repas sont excellents, contrairement aux femmes qui sont dures au toucher.... »
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La partie de Tomsk construite en pierres est celle des bâtiments administratifs soviétiques construits de façon chaotique. Je vous recommande de toute urgence de fuir ces quartiers et de visiter la Tomsk de bois, où de magnifiques hôtels marchands affichent leur façade dite en " dentelle de bois ".
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La forêt de Sibérie était et reste aujourd’hui le matériau de construction le plus utilisé. Des maisons en bois ont été construites à Tomsk depuis sa fondation, mais c’est véritablement à la fin du XIXe siècle, lorsque l’éclectisme et la modernité ont été remplacés par le classicisme, que l’architecture en bois de Tomsk a connu ses meilleurs moments. La photo montre une célèbre maison avec des dragons.
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Le quartier de Tatarskaya Sloboda se compose presque entièrement de bâtiments en bois. L’architecture de cette partie de la ville est ordinaire, sans exemples exceptionnels d’art nouveau nordique, ce qui confère à ce quartier une atmosphère préservée très particulière.
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La préservation des vieilles maisons en bois à Tomsk demeure une question complexe et très douloureuse. Les maisons qui ne sont pas reconnue comme monuments historiques sont majoritairement dans un état déplorable.
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Après m’être plongé dans le Tomsk en bois, je suis retourné au centre de pierre de la rue Lénine 44 pour visiter le musée commémoratif de la prison d’investigation du NKVD, la police politique du parti communiste.
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Le musée est situé au sous-sol, dans les lieux même où pendant les années de répression de Staline, les prisonniers étaient interrogés et détenus de manière provisoire avant d’être déportés au nord de la region de Tomsk, dans la région marécageuse de Narym, où ils travaillaient dans des exploitations forestières jusqu’à épuisement.

Parmi les objets exposés dans le musée figurent des copies et des documents originaux d’enquêtes, des albums photos, des broderies, des peintures, des dessins, des cartes à jouer ainsi que des objets artisanaux en bois et en pierre fabriqués par les détenus lors de leur séjour dans les camps.
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Le bureau de l'enquêteur

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Cellule individuelle et cachot

Une minuscule salle où les employés du musée sont engagés dans des travaux de recherche visant à restaurer la mémoire des disparus.

Le musée de la prison d’investigation du NKVD à Tomsk fut l’un des premiers endroits en Russie à commémorer les victimes du goulag qui a ouvert après la période soviétique. En 1994, lors de son retour en Russie, qui a commencé par un voyage à travers le pays de Vladivostok à Moscou, l’écrivain Alexandre Soljenitsyne est venu à Tomsk pour rencontrer les fondateurs du musée.
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Avec Tobolsk, Tomsk est d’un grand intérêt pour le voyageur. L’éloignement de ces villes par rapport au Transsibérien, bien qu’il ait stoppé le développement des villes, a eu un impact positif sur leur preservation et leur authenticité. Tobolsk étonnera par son architecture moyenâgeuse et son Kremlin blanc comme neige s’élevant au-dessus des eaux de l’Irtych et la taïga. Tomsk, avec son centre universitaire apparaitra comme une oasis culturelle au milieu du vide et témoignera des plus beaux usages du bois dans l’architecture en Sibérie.

Les voyages à partir de Tomsk se font le plus souvent en train. Par exemple, on peut retourner au Transsibérien en se rendant à Novossibirsk et de là cheminer plus à l’est jusqu’à Irkoutsk et le lac Baïkal. Pour ma part, j’ai trouvé un vol direct interrégional de Tomsk à Barnaoul. En avion bimoteur, survolant le Kouzbass industriel, je n’ai mis qu’une heure et demie pour me rendre de Tomsk au centre du territoire de l’Altaï où j’ai poursuivi mon voyage vers le sud de la Sibérie et les montagnes de l’Altaï
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